Fabrice Brégier: «Palantir veut être un acteur majeur de la tech française»

From Le Figaro

L’ancien patron d’Airbus dévoile les ambitions en France du spécialiste américain du big data.

Dans son premier entretien avec la presse, depuis son entrée en fonction le 1er octobre, à la tête de Palantir France, l’ancien patron d’Airbus explique pourquoi il change de métier et quels sont ses objectifs.

Fin février 2018, vous avez quitté Airbus, dont vous étiez le numéro deux. On vous pressentait à la tête d’un grand groupe, vous créez la surprise en intégrant Palantir, une société américaine. Pourquoi ?

J’ai dirigé avec passion de grandes entreprises stratégiques françaises et européennes, du missilier MBDA à Airbus, pendant vingt ans. J’avais la possibilité de prendre les rênes d’un grand groupe. J’ai fait un choix personnel qui peut étonner. La présidence de Palantir France me redonne beaucoup de liberté par rapport à celle d’une grande structure, et m’amène, par la technologie, au cœur des grandes problématiques d’aujourd’hui. C’est un choix radical car le « job » est très différent de tout ce que j’ai fait auparavant. Palantir m’offre la possibilité de me lancer dans une aventure plus entrepreneuriale.

Palantir n’est pas très connue en France. Quelles sont ses activités ?

Palantir est une société née en 2003 dans la Silicon Valley. Elle emploie 2 000 ingénieurs et experts à travers 15 bureaux dans le monde. Elle a investi plusieurs milliards de dollars pour développer deux grandes plateformes d’intégration et d’analyse de données. Très puissantes, ces plateformes sont capables de faire converger des données éparses, de les nettoyer, de les réorganiser afin de créer des corrélations qui génèrent des solutions, apportent de la valeur ajoutée pour le client qui les exploite. Palantir est le leader mondial du big data.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?

Chez Airbus, qui a noué un partenariat stratégique avec Palantir, les données d’un programme sont dispersées dans plusieurs fonctions : l’ingénierie, la production, les achats... Avec les logiciels de Palantir, Airbus a rassemblé toutes les informations du programme A350, les a nettoyées pour ensuite créer des corrélations. Ce travail a contribué à la réussite de la montée en cadence de l’A350, à la réduction des problèmes de non-qualité et à des économies très importantes.

Palantir travaille pour plusieurs services secrets, dont la DGSI en France. Elle a la réputation d’être le bras armé de la CIA. N’est-ce pas gênant pour l’ancien haut dirigeant d’Airbus que vous êtes ?

Je suis conscient que Palantir souf- fre d’un vrai déficit d’image. Il est vrai qu’à ses débuts, en tant que start-up, il a été financé par plusieurs fonds d’investissement, dont un lié à la CIA.

Mais aujourd’hui, il ne détient plus qu’une participation infime du capital. Palantir appartient à des actionnaires privés. Sur le fond, Palantir propose une technologie de rupture et offre des solutions éprouvées de maîtrise des data qui menacent les grands groupes établis. La société a dû faire un procès au gouvernement américain qui l’avait exclue d’un appel d’offres, alors qu’elle proposait une solution pour une fraction du coût. Elle l’a gagné ainsi que le marché.

Les attaques qu’elle subit aussi en France ont une explication : la maîtrise des données est considérée, à juste titre, par les grands acteurs et les États, comme stratégique.

J’ai rejoint Palantir car je suis convaincu que la France peut s’appuyer sur ses technologies d’avant-garde afin de réussir sa transformation numérique et développer un écosystème d’acteurs français high-tech tel que le souhaite le président de la République, Emmanuel Macron.

Il reste la question de la sécurité et de l’intégrité des données confiées à une entreprise américaine. Quelles sont les garanties ?

C’est en effet à Palantir d’apporter ces garanties. Nos clients - gouvernements ou entreprises - choisissent l’architecture et le lieu de stoc- kage de leurs données et prennent le contrôle de leur exploitation. Contrairement aux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), Palantir ne stocke ni n’exploite commercialement les données de ses clients. Et les logiciels de Palantir respectent la réglementation sur la protection des données personnelles (RGPD).

Quelle est votre feuille de route ?

J’ai pour mission de faire de Palantir France un acteur français qui participe au développement de l’écosystème de start-up françaises en finançant des jeunes pousses et en nouant des partenariats avec des écoles, des universités, etc.

En 2019, nous ouvrirons un grand bureau dans le Marais, à Paris. Nous prévoyons de recruter 300 ingénieurs de très haut niveau dans les trois ans à venir, afin de constituer une équipe d’experts capable de participer au développement des futurs produits de Palantir.

Je ne suis pas là pour faire de la figuration mais pour développer Palantir France, conquérir de nouveaux clients industriels et gouvernementaux. Nous voulons investir durablement en France et dans son écosystème high-tech. Je veux faire de Palantir un acteur majeur de la tech française.


From Le Figaro. October 4, 2018. Fabrice Brégier : «Palantir veut être un acteur majeur de la Tech française». Véronique Guillermard.
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